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MASTERCLASS — Un MOOC éco-conçu, accessible et inclusif : mission impossible ?

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Peut-on concevoir un MOOC à la fois éco-conçu, accessible et inclusif ? Quatre membres d'Ed For Good répondent à partir de leur propre projet : Diana Portela, ingénieure pédagogique et fondatrice d'Ed For Good, Amandine Gévas, ingénieure pédagogique, cheffe de projet vidéaste et formatrice, Manon Meunier-Carus, ingénieure pédagogique depuis près de dix ans, et Pauline Guffroy, ingénieure pédagogique et graphiste spécialisée en accessibilité numérique.

Leur fil rouge est le MOOC « Premiers pas de pédagogue engagé·e et responsable », conçu en plus d'un an avec plus d'une cinquantaine de bénévoles. Leur thèse tient en une phrase : la démarche n'est pas parfaite, mais elle a été pensée dès le départ, ses limites sont affichées avec transparence et une équipe est constituée pour l'améliorer.

Accessibilité, inclusion, éco-conception : trois notions à ne pas confondre

Un sondage d'ouverture donne le ton : les participants connaissent l'accessibilité et pratiquent l'inclusion sur certains projets, mais l'éco-conception reste surtout au stade de la découverte. L'explication avancée : l'accessibilité est encadrée par la loi du 11 février 2005, par le RGAA et par des critères de la certification Qualiopi, alors que l'éco-conception ne relève que de recommandations, dont le RGESN.

L'accessibilité vise à rendre contenus et services perceptibles, utilisables, compréhensibles et robustes pour les personnes en situation de handicap, mais aussi pour celles en situation d'illectronisme, allophones ou en précarité numérique. L'inclusion désigne une transformation de la société pour que chacun trouve sa place, en agissant à la racine des discriminations. L'éco-conception cherche des contenus optimisés et robustes, et une réflexion globale sur l'impact environnemental du numérique : allonger la durée de vie des équipements et des contenus, réduire la consommation de ressources.

Pour justifier l'effort, Pauline Guffroy avance plusieurs chiffres cités en séance : 15 % de la population en situation d'illectronisme, 15 % de la population mondiale porteuse d'un handicap, sept des neuf limites planétaires franchies, et 37,2 % de filles seulement dans les filières mathématiques et physique-chimie en terminale à la rentrée 2023. Sa conclusion : quand on forme, on ne transmet pas seulement des compétences, on forme aussi des acteurs du changement.

Une stratégie qui commence par la question de l'utilité

Avant de produire, Amandine Gévas invite à interroger l'existant et les besoins réels. Existe-t-il déjà une solution ? Chaque fonctionnalité est-elle nécessaire ? Crée-t-on plus de valeur que l'on en détruit ? Que se passerait-il si la formation n'existait pas ? Elle rattache cette réflexion au premier critère du RGESN, aux objectifs de développement durable de l'ONU — l'ODD 4, 12 et 13 pour ce MOOC — et aux limites planétaires.

Le public cible se construit avec les personnes concernées : co-construction en ateliers d'intelligence collective quand c'est possible, sinon des personas issus de sondages et d'entretiens, puis des bêta-tests pour affiner. Le principe est net : il ne faut pas présupposer les besoins.

Côté outils, Diana Portela explique le choix de Moodle et d'H5P pour des raisons éthiques, et le refus de toute IA générative dans la conception du MOOC, afin de privilégier l'intelligence collective. Ed For Good développe une boîte à outils des pédagogues responsables, en bêta-test, qui évalue chaque outil selon l'accessibilité, l'inclusion, l'environnement, le modèle économique et la confidentialité. Son avertissement : « il n'existe pas d'outil parfait », et le cœur de la formation reste ce que l'on transmet.

Concevoir et produire : quatre piliers et des réglages à ne pas oublier

La charte graphique et éditoriale d'Ed For Good a été conçue selon les normes d'accessibilité : contrastes suffisants, textes ferrés à gauche et jamais justifiés, polices lisibles, textes alternatifs pour les images porteuses d'information, sous-titres ou version texte pour les vidéos, pas de musique de fond sous une voix. La rédaction suit un langage clair et facile à lire, un langage inclusif et bannit les formules absolues comme « le meilleur » ou « 100 % ».

Manon Meunier-Carus résume la conception responsable en quatre piliers : concevoir utile, en faisant justifier à chaque élément son coût cognitif, technique et environnemental ; concevoir accessible et inclusif, ce qui exclut par principe le glisser-déposer, impraticable au clavier ; concevoir sobre, en préférant l'audio ou le texte à la vidéo ; concevoir durable, avec des contenus modulaires, sans références datées inutiles, et une mise à jour anticipée.

Elle souligne un point pratique : la plupart des outils de production permettent la sobriété et l'inclusion, mais pas dans leurs paramètres par défaut. Il faut compresser les médias, éviter la HD par défaut, vérifier l'ordre de tabulation, puis tester en bas débit, sur mobile et en navigation au clavier. Elle reconnaît aussi les limites de la première version : pris par le temps, le MOOC contient des vidéos de 15 à 20 minutes, peu sobres.

Transparence, amélioration continue et low-tech de la formation

L'étape d'audit n'a pas encore été réalisée et reste planifiée. La diffusion, elle, repose sur une page accessible sans inscription, avec FAQ, licence, déclarations d'accessibilité, d'inclusion et d'éco-conception, mention de l'absence d'IA générative, crédits de toute l'équipe et tutoriel Moodle. Une équipe dédiée prévoit notamment de transformer des vidéos en e-learning.

Amandine Gévas ouvre enfin sur la robustesse et la low-tech, définie comme « assurer durablement l'essentiel pour tous » : une formation utile, accessible et durable, pensée jusqu'à sa fin de vie, réutilisable et ouverte. Ed For Good annonce un wiki sur la low-tech de la formation avant l'été 2026.

Les points clés du replay

  • Une charte graphique et éditoriale accessible, accompagnée d'un guide, rend la démarche applicable par tous.
  • Les outils se choisissent selon des critères éthiques documentés, et l'équipe y est formée.
  • La sensibilisation de l'équipe se fait en amont et à chaque étape du projet.
  • La conception est l'étape clé : ni un outil ni l'IA ne rattrapent une conception non responsable.
  • La transparence sur ce qui est fait et ce qui reste à améliorer vaut mieux que la recherche de la perfection.

Transcription du replay

Questions fréquentes

Quels défis avez-vous rencontrés dans la mise en œuvre du MOOC sur Moodle en termes d'accessibilité ?
Dès le départ, la conception a dû anticiper les barrières et le choix de l'outil devait permettre l'accessibilité. Le défi actuel porte sur les tests : certains handicaps ne sont pas représentés dans la communauté, il faut donc trouver des testeurs et suivre le RGAA avec plus de rigueur, ce qui demande de la technique et un réseau. C'est le chantier des prochains mois.

Un wiki sur la low-tech de la formation est-il prévu ?
Oui. Une page présentant ce futur wiki, ainsi que les autres projets de l'organisation, est déjà consultable sur le site d'Ed For Good.

Diana Portela

Diana Portela

Ingénieure pédagogique, fondatrice d'Ed For Good

Ingénieure pédagogique, fondatrice d'Ed For Good.

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Amandine Gévas

Amandine Gévas

Ingénieure pédagogique, cheffe de projet vidéaste et formatrice, Ed For Good

Ingénieure pédagogique, cheffe de projet vidéaste et formatrice, Ed For Good.

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Manon Meunier-Carus

Manon Meunier-Carus

Ingénieure pédagogique, Ed For Good

Ingénieure pédagogique, Ed For Good.

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Pauline Guffroy

Pauline Guffroy

Ingénieure pédagogique et graphiste spécialisée en accessibilité numérique, Ed For Good

Ingénieure pédagogique et graphiste spécialisée en accessibilité numérique, Ed For Good.

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Ed For Good

Ed For Good est partenaire des Learning Days et intervient dans la session « Un MOOC éco-conçu, accessible et inclusif ».

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