Depuis deux ans, la formation à l'IA graphique tournait autour d'une question simple : quel outil choisir ? Cette masterclass déplace le sujet. Animée par Jérôme Alizard, directeur artistique devenu créatif IA, et par le directeur de Kaligram, organisme de formation en communication et marketing créé en 2009 qui forme à l'IA depuis 2022, elle défend une thèse : le problème n'est plus l'adoption, c'est la méthode.
Le constat posé en ouverture est celui d'un chiffre cité en séance — 88 % des entreprises utilisent déjà l'IA en design — confronté à une réalité de terrain : beaucoup de graphistes s'en servent seuls, sans cadrage, sans process partagé. « Ce n'est pas parce que l'IA accélère la production visuelle qu'il n'y a pas un temps d'adaptation », rappelle l'un des intervenants. La session montre à quoi ressemble ce cadrage, à travers une démonstration en direct.
Du prompt isolé au workflow nodal
La méthode encore majoritaire est décrite comme artisanale : un prompt, une image, pas de cohérence de style, une reprise complète à chaque variante. Le résultat n'est ni reproductible ni transmissible. Il vit sur le disque dur de celui qui l'a produit.
Le workflow nodal, apparu dans les outils grand public depuis six à huit mois selon les intervenants — il existait déjà dans la 3D et les effets spéciaux —, change la logique. On construit un pipeline visuel : un plan de travail unique où s'enchaînent l'esquisse, le benchmark, les premières générations, l'intégration du produit client, les déclinaisons. Chaque bloc est relié au suivant. Modifier un élément en amont provoque la régénération de tout ce qui se trouve en aval.
L'intérêt est double. La cohérence graphique est tenue par la structure, pas par la mémoire de l'opérateur. Et le workflow se partage entre collègues, comme un fichier de design collaboratif : la campagne suivante repart du même montage au lieu de tout recommencer.
Une démonstration, du brief au livrable
Le cas présenté part d'un brief client réaliste : une marque de chaussures ne dispose que de packshots produits, n'a pas d'univers de marque et ne peut pas financer un shooting photo. Le brief, le territoire de marque et la liste des livrables sont intégrés directement dans le pipeline.
La chaîne se déroule ensuite : benchmark visuel, propositions de directions artistiques générées à partir des références, sélection par le directeur artistique, puis production d'un key visual et de packshots e-commerce montrant le produit sous tous les angles. La cohérence du produit réel est estimée à environ 90 % par l'intervenant, avec une part résiduelle de retouche.
Le moment le plus parlant est le changement en cascade. Remplacer l'image du produit dans le groupe d'entrée — la chaussure blanche par la noire, puis par la rouge — suffit à régénérer l'ensemble des visuels situés en aval. « S'il y avait 20 connecteurs, les 19 cases suivantes subiraient elles-mêmes la modification », résume l'intervenant. Le même principe s'applique au changement de format entre un carré et un 16/9 pour les réseaux sociaux, et à la traduction automatisée d'une accroche vers plusieurs langues, la composition restant intacte.
Les astuces de production qui font la différence
Plusieurs contournements concrets sont partagés. Pour imposer une typographie, que les générateurs gèrent mal sur simple demande, l'intervenant capture une planche de caractères, la fournit en image de référence et demande d'écrire le texte en s'y conformant. Pour maîtriser la composition, il fournit une grille annotée indiquant où positionner le texte. Pour tenir la cohérence d'un décor sur une série, il donne une planche de lieux avec l'indication de la scène attendue à chaque emplacement.
Le principe commun est énoncé clairement : « Le plus compliqué, ce n'est pas de créer des images, c'est de se faire comprendre par l'IA. » Le travail devient une succession d'itérations où le créatif tient la posture de directeur de création face à des agents qui proposent.
Côté sortie, les images générées visent le digital ; un upscaler permet de les agrandir de deux à seize fois pour un usage print, y compris grand format. Des upscalers vidéo permettent de passer en 4K.
Les points clés du replay
- Le sujet n'est plus l'outil mais le workflow : un pipeline visuel se documente, se partage et se rejoue.
- La modification en cascade supprime le travail de reprise manuelle, poste de coût invisible des campagnes déclinées.
- Alimenter l'IA en images de référence vaut mieux que raffiner un prompt textuel.
- Les questions de droits — typographies, images de personnes — sont les mêmes qu'avant l'IA : la méthode ne change pas la finalité.
- Un livrable a de la valeur par sa cohérence avec la stratégie de marque, pas parce qu'il a été produit avec de l'IA.
Transcription du replay
Questions fréquentes
Peut-on imposer une police précise à un générateur d'images ?
Pas par simple instruction textuelle, qui fonctionne mal. En revanche, en fournissant une capture de la fonte comme image de référence, le test mené par l'intervenant a été concluant.
Et la question des licences typographiques ?
Elle reste entière. La recommandation est d'acheter la licence comme pour n'importe quel projet. Le raisonnement vaut aussi pour les visages : une personne générée ressemblant à une personne réelle relève des mêmes précautions qu'une image de banque.
Quel est le coût écologique de ces usages ?
D'après les études indépendantes consultées par l'intervenant, l'usage des modèles de langage et la génération d'images restent dans des ordres de grandeur comparables à une consommation courante de service en ligne. La génération vidéo, elle, est présentée comme nettement plus lourde et appelle à la parcimonie.
Comment suivre le rythme quand chaque semaine apporte un nouvel outil ?
Par une veille assumée et un tri. Le critère retenu n'est pas la nouveauté mais la durabilité : un outil est recommandé en entreprise s'il a des chances d'être encore pertinent six mois plus tard et si une équipe peut être formée dessus sans se retrouver obsolète.
Emmanuel Poteau
Directeur & Responsable Pédagogique, Kaligram
Directeur & Responsable Pédagogique, Kaligram.
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Directeur artistique devenu créatif IA
Directeur artistique devenu créatif IA.
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Kaligram est partenaire des Learning Days et intervient dans la session « IA Graphique : flux de création 360° ».




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