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MASTERCLASS — 10 leçons inspirées des séries pour des formations captivantes

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La session commence par une expérience simple. Sarah Akel, fondatrice de Change The Work, demande aux participants d'écrire dans le chat une réplique de série ou de film qu'ils connaissent par coeur. Les réponses affluent. Elle pose alors la seconde question : écrivez la phrase exacte d'une slide vue la semaine dernière. Silence.

C'est tout le sujet de cette masterclass. Change The Work édite des contenus de formation en e-learning dont la spécificité est la fiction : créer des séries pour former, ou utiliser des extraits de séries et de films existants. L'intervenante y consacre un livre à paraître, « Former comme une série à succès », dont cette session présente dix leçons. Ce qui rend une série mémorable n'est pas un effet de style : ce sont des mécanismes que la formation peut reprendre.

Pourquoi une réplique de série résiste mieux qu'une slide

La réponse, explique l'intervenante, est à chercher du côté des neurosciences. Un neuroscientifique cité en séance a montré que les récits porteurs d'empathie déclenchent une libération d'ocytocine, hormone associée à la connexion sociale et à la mémorisation. D'autres travaux évoqués pendant la session établissent que le cerveau comprend mieux un contenu organisé narrativement, parce que le récit facilite l'inférence et la cohérence. Autrement dit, l'émotion n'est pas un supplément d'âme : c'est ce qui fixe la notion. « On retient bien une notion pédagogique quand il y a une émotion », résume l'intervenante.

Incarner : le personnage fait ce que le schéma ne fait pas

Première leçon, créer un personnage fictif pour porter les concepts. L'exemple pris est The Office : sans Michael Scott, Jim, Pam et Dwight, il ne resterait que des employés qui parlent de synergie et de process internes. Le bureau n'est qu'un décor ; ce sont les tensions humaines qui font tenir la série. En formation, le mécanisme est identique. « Apprendre à déléguer » reste un concept froid tant qu'il n'est pas incarné. Racontez l'histoire de Claire, une manager qui garde tout pour elle et finit par saturer, et la notion devient visible. Les retours que reçoit l'éditeur sur ses propres contenus vont dans ce sens : les apprenants ne citent pas une règle, ils citent ce qu'a fait tel personnage et ce qu'ils ont décidé de ne pas reproduire.

Une autre leçon prolonge la première : faire évoluer les personnages. On montre trop souvent un « avant » caricatural et un « après » très propre, sans cheminement. Construire un arc narratif pédagogique, c'est montrer la compétence en cours de construction plutôt que la compétence acquise.

Tension, cliffhanger et anti-héros : trois moteurs d'attention

Deuxième levier, la tension dramatique. Dans Breaking Bad, une scène tournée dans un camping-car sale et étroit tient le spectateur : pas d'explosion, mais l'idée que quelqu'un peut entrer à tout moment. En formation, la tension n'a rien de spectaculaire — une décision à prendre sans toutes les informations, un choix qui comporte un risque. L'apprenant cesse alors de se demander ce qu'il doit retenir pour se demander ce qu'il ferait à la place du personnage.

Troisième levier, le cliffhanger. Fermer proprement un module coupe l'envie de continuer, alors qu'on n'a jamais fini d'apprendre au travail. Une psychologue a montré dans les années 1920 que les situations interrompues restent plus longtemps en mémoire que celles qui sont terminées.

Quatrième levier, l'anti-héros. Le personnage central de Baron noir n'est ni exemplaire ni admirable, et c'est précisément pour cela qu'on le suit : il ne montre pas un modèle à suivre, il montre un chemin à éviter. Le système éducatif français s'est longtemps construit sur la sanction de l'erreur, quand les pays anglo-saxons en font une étape normale de l'apprentissage. Mettre en scène un professionnel crédible mais prisonnier d'un travers, c'est rendre l'erreur analysable au lieu de l'effacer.

Varier les contextes, répéter sans lasser, croiser les points de vue

Les leçons suivantes traitent du rythme. Dans Dix pour cent, les agents font toujours le même métier, mais jamais dans le même contexte : le spectateur ne se dit jamais « j'ai déjà vu ça ». En formation, ce n'est pas le message qui fatigue, c'est sa forme quand elle ne varie pas. Changer un prénom ou un intitulé de poste ne suffit pas : le nouveau contexte doit obliger l'apprenant à se demander si ce qu'il a compris s'applique encore ici.

Inversement, la répétition est nécessaire à l'ancrage. Dans Kaamelott, les mêmes situations reviennent sans cesse et le spectateur ne s'en lasse pas, parce que chaque répétition révèle un réflexe ou un biais. Répéter en formation ne sert pas à rappeler une information, mais à faire reconnaître un problème récurrent. Vient enfin le croisement des points de vue, illustré par The Wire : la même situation racontée depuis la police, la rue ou la politique change de sens à chaque fois, alors qu'une formation adopte souvent le seul point de vue de la règle ou de l'expert.

Les deux formats montrés en séance

La démonstration porte sur deux types de contenus. Le premier utilise des extraits de films et de séries existants : sur les agissements sexistes et le harcèlement sexuel, un module en trois parties — identifier les comportements, réagir en tant que victime, réagir en tant que témoin — alterne un formateur face caméra, un extrait très bref et son débriefing, puis des cas pratiques et un quiz. Le second repose sur des séries produites par l'éditeur, comme celle consacrée au management à distance, où un manager imparfait progresse d'épisode en épisode. Une brique a été ajoutée récemment à la demande des clients : le kit d'action, une checklist de fin de formation qui répond à la question « qu'est-ce que je fais cette semaine, dans quinze jours, dans un mois ».

Les points clés du replay

  • On ne retient pas un schéma, on retient un personnage confronté à une situation.
  • Sans tension ni incertitude, l'attention retombe, même quand le contenu est bien structuré.
  • Une conclusion trop fermée coupe l'envie d'apprendre la suite.
  • L'erreur mise en scène enseigne plus vite que la bonne pratique énoncée.
  • Sans répétition, pas d'ancrage ; sans variation de contexte, pas de transfert.

Transcription du replay

Questions fréquentes

Tout cela suppose-t-il obligatoirement de la vidéo ?
Non. Les mêmes principes valent pour un roman, une bande dessinée, une histoire audio, du présentiel ou du e-learning : ce qui est réutilisable, ce sont les outils de la narration, pas le format.

Comment gérer les droits d'auteur sur les extraits de films et de séries ?
L'éditeur s'appuie sur l'exception de courte citation, à deux conditions : un usage à visée pédagogique et un extrait court au regard du contenu diffusé.

Comment intégrer ce temps narratif dans des formats courts ?
Penser en série n'impose pas des formats longs, au contraire. Les épisodes produits font deux à trois minutes et traitent chacun un sujet unique, à l'intérieur de modules d'une vingtaine de minutes.

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Change The Work

Change The Work conçoit des formations e-learning, sur étagère et sur mesure, en s'appuyant sur la fiction pour engager l'apprenant : extraits de films, animations et mises en scène, avec des modules construits comme des séries. Le catalogue couvre les RH et le management, les soft skills, les transitions écologique et numérique, la sécurité, la QVT, la santé mentale ou la diversité. Les contenus sont livrés au format SCORM.

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