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Votre cerveau adore les séries : quand les neurosciences rencontrent la formation

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La session s'ouvre sur deux exercices. Le premier : citer une réplique culte de série ou de film. Le chat se remplit en quelques secondes. Le second : répéter une phrase exacte d'un PowerPoint vu en formation la semaine précédente. Silence, ou presque. « Pourquoi est-ce qu'on est capable de réciter des dialogues entiers de Friends, mais pas de se souvenir d'une slide vue il y a quelques jours ? »

La réponse, selon Sarah Akel, qui dirige Change The Work, se trouve dans les neurosciences. Son entreprise édite des contenus e-learning avec une spécificité : la fiction. Soit elle produit des séries pour former, soit elle exploite des extraits de séries existantes. Le principe de départ : on retient mieux une notion pédagogique quand elle est liée à une émotion.

L'émotion comme signal d'importance

Quand une série fait rire, pleurer ou stresser, le cerveau libère des neurotransmetteurs — dopamine, adrénaline, parfois ocytocine. Ces substances signalent que l'information compte et renforcent la trace mnésique. L'intervenante cite les travaux de Paul Ekman, spécialiste des émotions, publiés en 2003 : une émotion déclenche immédiatement une réaction physiologique, donc un ancrage mémoriel.

D'où le premier conseil pratique de la session, décliné à chaque étape sous forme de « tips » : faites rire vos apprenants, ils s'en souviendront mieux. L'exemple montré est un extrait de Visio boulot dodo, une série produite par l'entreprise sur le management à distance : un manager moyen dont l'équipe bascule en télétravail, et un épisode sur l'équilibre vie professionnelle et vie personnelle construit autour des malentendus déclenchés par un mail envoyé après 18 heures. Chaque épisode est accompagné d'un débrief par une formatrice, de quiz et de ressources.

Raconter plutôt qu'énumérer

Deuxième ressort : le récit. Un psychologue cognitif cité en séance a montré que l'être humain mémorise beaucoup mieux une information intégrée dans une narration. Une liste de faits isolés s'oublie ; la même matière racontée reste.

L'intervenante en donne un exemple personnel : une notion de théorie des organisations, la zone d'incertitude, retenue des années plus tard parce que son enseignante avait raconté l'enquête du chercheur en usine plutôt que d'énoncer la définition. Le conseil qui en découle : devant une notion abstraite, se demander quelle histoire permettrait de l'incarner. Un extrait de Ted Lasso vient appuyer la démonstration — une série sur le sport qui fonctionne en pratique comme un cours de leadership, précisément parce que les principes y sont incarnés.

Le cliffhanger, ou la boucle qu'on ne peut pas laisser ouverte

Troisième ressort : l'attente. Le cliffhanger interrompt l'épisode au moment exact où l'on ne peut plus s'arrêter. Il ouvre une boucle cognitive, et le cerveau déteste les boucles ouvertes — on retient mieux ce qui est inachevé. Lost terminait chaque épisode sur une question sans réponse ; La Casa de Papel maintient une tension continue.

Transposé en formation, cela donne deux gestes concrets. Démarrer un module par une surprise — l'ouverture de Breaking Bad, absurde et incompréhensible, sert d'exemple — plutôt que par un sommaire. Et terminer non par une conclusion plate mais par une question ouverte sur la suite.

Trois leviers narratifs, trois séries d'entreprise

La session détaille ensuite trois mécanismes de série directement applicables à un parcours, chacun illustré par une production réelle.

Les personnages récurrents. Ce qui accroche dans Friends ou The Office n'est pas seulement l'intrigue, c'est la familiarité avec les personnages. En formation, cela suppose un fil rouge incarné, pas un simple bonhomme en motion design. Exemple montré : Modern Team, série réalisée pour Doctolib sur le modèle du faux reportage, avec confessionnaux face caméra — et, particularité, des salariés de l'entreprise dans les rôles plutôt que des comédiens professionnels. Les sujets couverts sont les outils RH du quotidien : feedback, formation, entretien annuel.

L'intrigue progressive. Les grandes séries ne livrent pas tout d'un coup. C'est ce que les ingénieurs pédagogiques appellent l'escalier pédagogique. Exemple montré : une série construite avec BNP pour former des conseillers clients à la fiscalité des particuliers, autour d'un personnage atteint de phobie administrative. Les saisons suivent la progression du programme, du foyer fiscal aux revenus de capitaux mobiliers, jusqu'à l'investissement immobilier.

Les univers familiers. On s'identifie à ce qu'on reconnaît. Exemple montré : une série produite pour Canal+ à destination des conseillers clients, centrée sur un personnage dont l'entourage réclame en permanence les codes d'accès — une blague récurrente que la marque a elle-même beaucoup utilisée. La fiction est ensuite décryptée par une formatrice, en asynchrone, y compris sur les gestes techniques comme la navigation dans le logiciel.

Réactiver, ritualiser, partager

Dernier volet : la durée. Des travaux de 2006 cités en séance montrent que la mémoire à long terme se renforce par la répétition espacée et la réactivation régulière. Les séries le font naturellement avec le « previously on ». La transposition proposée : remplacer un gros module par quatre mini-épisodes espacés d'une semaine, chacun ouvert par un rappel.

S'ajoute l'effet de rituel. Un rendez-vous régulier met le cerveau en condition d'attention avant même le début de la séance — d'où les calendriers de l'avent, les rendez-vous du mardi ou les défis trimestriels.

Enfin l'apprentissage social, adossé aux travaux d'Albert Bandura de 1977 : on apprend par observation, par imitation, mais aussi par conversation. Une série se commente ; une formation devrait se commenter aussi. Exemple cité : un parcours de managers découpé en quatre parties, chacune suivie en autonomie en quinze à vingt minutes, puis reprise en visioconférence avec un coach et huit autres apprenants.

2025-10-07T12:00:00+02:00

Les points clés du replay

  • Une notion liée à une émotion se retient mieux qu'une notion exposée.
  • Une histoire bat une liste de faits, y compris sur des sujets techniques.
  • Une question ouverte en fin de module vaut mieux qu'une conclusion plate.
  • Un personnage récurrent transforme des modules isolés en saison.
  • Sans réactivation espacée, l'essentiel s'efface : quatre épisodes valent mieux qu'un gros module.
  • Le partage entre pairs après la séance ancre autant que la séance elle-même.

Transcription du replay

Questions fréquentes

A-t-on le droit d'utiliser des extraits de séries ou de films ?
Oui, dans le cadre de l'exception de courte citation : à des fins pédagogiques, sur une durée courte au regard de l'oeuvre, et à condition d'expliquer ensuite ce que l'extrait illustre. Un extrait utilisé pour faire une blague ne rentre pas dans ce cadre.

Faut-il des comédiens professionnels ?
Les deux fonctionnent. L'équipe est composée pour moitié de production audiovisuelle et pour moitié d'ingénierie pédagogique, ce qui permet de tourner avec des professionnels. Mais des salariés peuvent tenir les rôles, comme dans la série réalisée pour Doctolib : le rendu est plus amateur, le tournage souvent plus long, le coût final assez proche.

Comment sont écrits les scénarios ?
En deux temps. L'ingénieur pédagogique établit ce qui doit être appris dans chaque épisode, puis un scénariste professionnel construit l'histoire. Le client intervient ensuite sur le ton, la culture interne et le vocabulaire maison.

Cela fonctionne-t-il pour des formations techniques ?
Oui. Un dispositif portant sur des machines en usine a été traité par une intrigue à suspense. Pour les gestes techniques eux-mêmes, la fiction est complétée par une séquence de décryptage.

Sarah Akel

Sarah Akel

Directrice innovation RH

Sarah est la fondatrice de Change The Work, qui propose des formations en e-learning sur mesure et sur étagère. Leur spécialité ? La fiction pour engager l'apprenant.

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Change The Work

Change The Work conçoit des formations e-learning, sur étagère et sur mesure, en s'appuyant sur la fiction pour engager l'apprenant : extraits de films, animations et mises en scène, avec des modules construits comme des séries. Le catalogue couvre les RH et le management, les soft skills, les transitions écologique et numérique, la sécurité, la QVT, la santé mentale ou la diversité. Les contenus sont livrés au format SCORM.

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