Un réseau de franchise ou un groupe peut-il faire financer la formation à distance qu'il dispense à ses propres franchisés ou filiales ? Oui, répond Pascal Merme, en charge de la pédagogie et du LMS chez Digiforma, à condition de sortir d'une logique de simple mise à disposition de contenus. Avant de rejoindre l'éditeur il y a trois ans, il a créé et dirigé un organisme de formation 100 % à distance, et s'est confronté à quelques centaines de dossiers de financement et à des audits Qualiopi.
Sa masterclass répond à deux questions successives : comment financer une formation à l'intérieur d'un groupe ou d'un réseau, puis ce qu'attendent concrètement les OPCO et les auditeurs Qualiopi d'une formation à distance. Digiforma est un logiciel tout-en-un de gestion des organismes de formation, qui revendique plus de 5 000 clients.
Formation interne ou externe : tout se joue au Siren
La règle posée en ouverture est simple. La formation est interne quand une entreprise forme ses propres salariés, sous un seul Siren : c'est le cas d'un groupe intégré dont les magasins relèvent tous de la même structure juridique. Elle est externe dès qu'une entité forme les salariés d'une autre entité, avec un Siren différent. Le critère est la personne morale, pas les liens capitalistiques ou contractuels.
Le franchiseur qui vend de la formation à ses franchisés, la maison mère qui forme les salariés de ses filiales, la filiale dédiée à la formation qui forme les autres filiales : dans tous ces cas, on est en formation externe, donc dans le droit commun de la formation professionnelle. Il faut un organisme doté d'un numéro de déclaration d'activité, certifié Qualiopi, une contractualisation complète (conventions, convocations, certificats de réalisation) et des preuves de réalité de la prestation pour chaque dossier et chaque stagiaire.
L'intérêt est concret : le plan de développement des compétences des OPCO, que l'intervenant décrit comme généralement réservé aux entreprises de moins de 50 salariés, reste mobilisable. Dans un réseau de franchise, beaucoup de franchisés sont sous ce seuil, et chacun peut prétendre à son propre financement, avec ses propres plafonds.
Un double signal d'alerte pour les financeurs
Le financeur vérifie la même chose que pour une formation classique : l'éligibilité de l'action (beaucoup d'OPCO fléchent leurs financements sur certaines thématiques), la conformité Qualiopi de l'organisme, la qualité de chaque dossier et la cohérence pédagogique du dispositif.
Mais Pascal Merme prévient : il faut s'attendre à davantage de contrôles et de preuves demandées. La formation intragroupe éveille des soupçons de transfert de marge ou de fausses prestations. La formation à distance, elle, pâtit des organismes qui ont déployé des « coquilles vides » pour capter des financements. Deux motifs de vigilance réunis dans le même dossier.
Sa conviction : une formation n'est pas une mise à disposition de contenus. Ni des modules e-learning, ni des agents IA, ni des classes virtuelles sans mise en pratique ne suffisent. Ce qui est attendu, c'est un dispositif d'apprentissage global, adapté au distanciel, qui mixe les modalités. En règle générale, ce qui passe auprès de l'auditeur Qualiopi passe aussi auprès des OPCO, même si certains financeurs se montrent bien plus exigeants sur le niveau de détail des documents.
Les indicateurs Qualiopi à soigner à distance
Indicateur 1, informer clairement. Le programme doit préciser le temps passé sur chaque partie, en accompagnement, en groupe et en autonomie. Le financement se fait à l'heure : il faut être précis sur les durées et prouver le temps passé sur chaque modalité. Confondre accès à une plateforme et formation est, selon l'intervenant, un motif classique de non-conformité ou de refus.
Indicateur 5, des objectifs évaluables. Éviter « comprendre tel sujet », préférer « être capable de », ce qui appelle des mises en pratique. Indicateur 6, adapter contenus et modalités. Des contenus courts et structurés plutôt que des vidéos de deux heures, des classes virtuelles pour prouver l'interaction, des activités pratiques et un accompagnement individuel. Multiplier les modalités permet aussi de comptabiliser davantage de temps de formation, dont le temps d'activité pratique hors écran, à condition que le LMS sache l'enregistrer.
Indicateur 8, positionner l'apprenant à l'entrée. Au-delà du résultat d'un quiz, il conseille de produire pour chaque apprenant un court bilan personnalisé, au début et à la fin : points forts, points de vigilance, conseils, objectifs prioritaires. C'est ce qui prouve le travail d'adaptation de l'organisme. Indicateur 9, expliciter les conditions de déroulement : accès fournis en amont, moyens de contacter le formateur, suivi pédagogique.
Indicateur 10, prouver l'accompagnement, présenté comme central et source de nombreux refus. L'accompagnement doit être réel, proactif (le formateur va vers l'apprenant), adapté (asynchrone et synchrone) et traçable : relevés de connexion, transcripts de chat, e-mails. Le conseil pratique : préparer des modèles de messages simples pour le début, la fin, une absence ou un décrochage. Même sans réponse du stagiaire, l'organisme a prouvé qu'il a accompagné.
Indicateur 11, évaluer l'atteinte des objectifs. Trois niveaux de preuve : activité (relevé de connexion), connaissance (quiz), compétence (mise en application). Le quiz, longtemps suffisant, l'est de moins en moins. Il recommande une grille d'évaluation avec, pour chaque objectif, une méthode (souvent un livrable) et des critères objectifs. Indicateur 12, engager et éviter les abandons : son rythme conseillé est de 5 à 15 minutes de contenu par jour, une activité pratique et une classe virtuelle par semaine, en classe inversée. Des études menées sur des cohortes, citées en séance, montrent que deux ou trois relances et encouragements d'un formateur multiplient au minimum par quatre le taux d'engagement.
Indicateur 17, moyens humains et techniques : un LMS qui ne fait que diffuser ne suffit pas, et une formation sans formateur identifié (nom, CV) fonctionnera rarement. Indicateur 19, l'appropriation passe, une fois encore, par la mise en pratique dans le contexte professionnel.
Les points clés du replay
- Franchisés et filiales à Siren distinct relèvent de la formation externe et des dispositifs de droit commun.
- Intragroupe et distanciel cumulés : attendez-vous à plus de contrôles et de preuves.
- Une formation finançable n'est jamais une simple mise à disposition de contenus.
- L'accompagnement doit être proactif et traçable, même léger.
- Évaluer la compétence, pas seulement la connaissance : le quiz ne suffit plus.
- Tout doit être démontrable : documents, signatures, archives.
Transcription du replay
Questions fréquentes
Comment mesurer le temps de travail personnel, comme un devoir à rédiger ?
On ne le mesure pas, on l'estime, ce qui suffit pour la plupart des OPCO. L'activité reçoit une durée estimée, par exemple deux heures, comptabilisée une fois le travail rendu et validé par un feedback du formateur. L'estimation doit rester cohérente : vingt heures pour un paragraphe finirait par être repéré.
Une formation uniquement asynchrone est-elle plus difficile à faire financer ?
Oui. Certains y parviennent, mais on finira par demander comment les apprenants ont été accompagnés. Quelques messages proactifs peuvent suffire, surtout sur de gros volumes, à condition d'avoir les outils pour le faire et le prouver.
Quelles thématiques sont finançables ?
Il n'y a pas de règle générale : ce sont les OPCO et les branches qui les définissent, souvent en priorisant les compétences en tension. Il faut consulter chaque OPCO dispositif par dispositif. Une formation aux outils IT du groupe peut entrer dans une thématique digitale si le programme est présenté, sans mentir, comme une montée en compétences globale.

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