L'intelligence artificielle est presque toujours présentée comme un outil de productivité. Quentin Declercq, fondateur de Superformateur, prend le sujet par l'autre bout : ce que l'IA générative change vraiment pour un formateur, c'est sa capacité à créer des expériences d'apprentissage qui ne ressemblent à aucune autre.
Superformateur est né d'une newsletter hebdomadaire destinée aux formateurs, puis est devenu un organisme de formation et un cabinet de conseil spécialisé en knowledge management. La thèse défendue pendant cette heure est simple : l'IA ne remplacera pas le formateur, mais elle creuse un écart entre celui qui l'intègre à son quotidien et celui qui l'ignore.
Le formateur augmenté, pas le formateur remplacé
La question revient à chaque session de formation, presque mot pour mot : est-ce que l'intelligence artificielle va me remplacer ? La réponse de l'intervenant est nette. Non. Mais la menace est ailleurs : c'est le collègue, le concurrent, l'autre formateur qui, lui, a intégré l'IA à sa pratique et devient de ce fait plus engageant, plus efficace, plus créatif.
Le raisonnement tient à ce que l'IA sait faire et à ce qu'elle ne sait pas faire. En conception, en animation, en évaluation, elle est capable de beaucoup. En revanche, elle est incapable de détecter les signaux faibles d'une salle : la personne qui décroche, celle qui a besoin d'une pause, celle qui aurait besoin d'un accompagnement plus individuel. Ces signaux intangibles, seul le formateur les perçoit, en présentiel comme en distanciel.
Deux qualités sont donc présentées comme indispensables pour travailler avec ces outils. La pensée critique d'abord, qui vient de l'expertise métier et qui impose de ne jamais prendre une production de l'IA pour argent comptant, de vérifier systématiquement les sources. Le sens créatif ensuite : c'est l'imagination du formateur qui donne à la machine de quoi travailler, et non l'inverse.
Pourquoi la créativité est le bénéfice le plus rapide à obtenir
Trois bénéfices sont attribués à l'IA générative : la productivité, l'efficacité et la créativité. Les deux premiers sont ceux dont on parle le plus, et ce sont pourtant les plus lents à venir. Il faut d'abord s'approprier les outils, comprendre comment rédiger des prompts efficaces, repenser ses process. L'appropriation prend du temps et passe par une pratique régulière.
La créativité, elle, est immédiatement palpable. Avec un peu de méthode, les gains apparaissent dès les premières utilisations, sans avoir à aller très loin dans la maîtrise technique. C'est ce décalage qui justifie de traiter la créativité comme un sujet à part entière, et non comme un effet secondaire de la productivité.
Cinq effets pédagogiques concrets
L'intervenant recense cinq bénéfices pédagogiques de cette créativité augmentée, tous adossés à des cas d'usage simples.
L'engagement. L'IA permet de générer des activités brise-glace originales, que l'on ne retrouve pas ailleurs, pour lancer une session. L'enjeu est connu : un apprenant décide très vite, en entrant dans la salle ou en se connectant à une classe virtuelle, si la formation vaut le coup.
La compréhension. Avec des prompts très simples, il devient facile de produire des analogies et des métaphores qui rendent accessibles des concepts abstraits.
La mémorisation. Retenir conditionne la capacité à transférer en situation professionnelle. Un cas d'usage cité : générer des mini-quiz récapitulatifs à la fin de chaque séquence.
Le transfert des acquis. Un contenu pédagogique peut être transformé en étude de cas métier réaliste, adaptée aux situations réelles des apprenants, à condition de rédiger un prompt structuré.
L'inclusion. Entendue ici comme la création d'une dynamique de groupe où chacun se sent en confiance pour apprendre. Exemple donné : remettre à chaque participant un résumé personnalisé de la séquence, écrit dans ses propres termes, qu'il pourra reprendre de retour à son poste.
Un cas pratique : transformer un quiz d'évaluation en jeu télévisé
La démonstration la plus parlante de la session porte sur une activité banale : le quiz d'évaluation sommative de fin de formation. Format descendant, questions à choix multiples, placé au moment précis où les apprenants ont envie de partir, et sans aucune valeur ajoutée créative.
L'intervenant raconte comment il l'a reconstruit en empruntant les codes d'une émission de divertissement, en l'occurrence Burger Quiz, pour une formation en ingénierie pédagogique et innovation. La méthode s'est faite en trois temps dans ChatGPT : vérifier que l'outil connaissait l'émission, lui demander d'en détailler la mécanique de jeu, puis lui demander de transposer exactement cette mécanique aux questions de son quiz existant, copiées-collées telles quelles.
Le résultat reprend les manches de l'émission, y compris son épreuve finale, retravaillée dans une tonalité franchement humoristique après une relance explicite de l'intervenant. L'outil est même allé plus loin en suggérant des éléments de mise en scène : le tablier de l'animateur, deux buzzers, une ambiance dédiée au moment clé. Le principe est reproductible avec n'importe quelle série, n'importe quel film, n'importe quel format télévisé dont on récupère les codes et les mécaniques de jeu.
La consigne donnée à la salle est directe : « lâchez les chevaux », ne vous mettez pas de contrainte. Toutes les réponses ne seront pas pertinentes, mais certaines seront directement réutilisables.
Les points clés du replay
- L'IA n'est pas un substitut du formateur, c'est un outil de conception, d'animation et d'évaluation.
- Les signaux faibles d'un groupe en formation restent hors de portée de la machine.
- La productivité demande de l'appropriation ; la créativité, elle, se constate dès les premiers essais.
- La principale limite n'est pas l'outil, ce sont les bornes que l'on met à son imagination.
- Un prompt structuré transforme un contenu générique en étude de cas métier crédible.
- Tout ce que produit l'IA reste de la matière première à vérifier et à retravailler.
Transcription du replay
Questions fréquentes
Comment concilier usage de l'IA et sobriété énergétique ?
La question est venue du chat et porte sur les itérations multiples que demande un échange avec une IA. La réponse tient à la qualité du prompt : mieux on prompte, moins on itère, et plus on limite son empreinte. C'est l'objet des techniques et des cadres de prompt transmis en atelier.
Quels outils utilisez-vous en dehors de ChatGPT ?
Plusieurs sont cités en séance : NotebookLM, Perplexity, Genspark, Napkin, Mistral pour ceux qui veulent rester sur une solution française, Gemini. Le principe affiché est de recommander l'outil adapté au cas d'usage plutôt qu'un outil unique.
La version gratuite de ChatGPT suffit-elle pour démarrer ?
Elle suffit pour commencer, mais les limites arrivent vite. Le point d'attention porte surtout sur la confidentialité des données, qui pousse à privilégier une version payante dès que l'on travaille sur des contenus sensibles.
Peut-on travailler avec des outils internes déjà privatisés par l'entreprise ?
Oui, et cela a déjà été fait pour des formateurs du secteur bancaire équipés de solutions maison. Cela suppose en revanche une réunion de cadrage et des tests en amont pour identifier les fonctionnalités réellement disponibles.

Quentin Declercq
Expert IA & Formateur
Formateur expert, il propose des formations innovantes pour aider les formateurs à perfectionner leurs compétences pédagogiques.
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Quentin Declercq
Quentin Declercq est le créateur et l'auteur de Superformateur, une newsletter hebdomadaire en français publiée chaque jeudi. Elle propose aux formateurs une astuce concrète et des outils pour faire évoluer leurs pratiques.






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