Quatre praticiens croisent leurs regards sur la place de l'IA générative dans la conception de formation : Sarah Nafaa (conceptrice pédagogique), Vincent Lafeuillade (formateur IA spécialisé en pédagogie), Isabelle Druet (learning business partner sur des projets internationaux) et Quentin Declercq (fondateur de Super formateur). La table ronde est animée par Aude Guiraud, responsable pédagogique chez Activateur Formation. L'IA générative était le sujet le plus demandé par les inscrits, près d'un répondant sur deux.
Où est le point de bascule entre faire soi-même et déléguer à l'IA ?
Pour Sarah Nafaa, le point de bascule se situe dès le départ d'un projet : si l'on confie tout de suite le cahier des charges à l'IA, on saute la phase d'appropriation du sujet. Elle commence hors écran, sur feuille blanche, pour garder la maîtrise du contenu, faute de quoi l'IA donne l'illusion de bien comprendre. Elle y recourt ensuite pour les comptes rendus de réunions client et le tableau de suivi des changements, pour générer personas et cartes d'empathie après ses interviews, et pour créer des templates cohérents avec la charte du client. Elle se méfie des idées d'activités proposées par l'IA, qui peuvent sembler bonnes sur le papier mais ignorer la dynamique d'un groupe. Elle ne délègue pas non plus ce qu'elle aime faire, comme construire un déroulé.
Vincent Lafeuillade distingue deux apports : un gain d'efficacité sur des tâches sans grande valeur ajoutée (par exemple rédiger les feedbacks d'une centaine de questions de quiz) et la possibilité de faire ce qu'on ne faisait pas, comme des schémas ou des visuels. Selon lui, le prompt est d'abord un brief métier, de la pensée mise à l'écrit : mieux vaut parfois 15 minutes sur un bon prompt que 30 secondes suivies d'une heure de retouches.
Générer est instantané, valider ne l'est pas : qui reste responsable ?
Isabelle Druet prend l'exemple d'un LMS dont l'option de traduction automatique tient en un clic. La relecture reste indispensable : un expert métier par langue, qui maîtrise le jargon du métier et celui de l'entreprise, et un planning fin avec ces relecteurs, qui ne sont pas des liens hiérarchiques et dont les disponibilités se décalent en cascade si le projet dérape. Comme l'IA intégrée à un outil auteur n'apprend pas forcément, elle recommande de co-construire au fil de l'eau une charte éditoriale (par exemple un glossaire de traduction) avec les relecteurs.
Quentin Declercq, qui utilise l'IA générative depuis fin 2022, raconte que sa satisfaction a décliné : des activités conçues par l'IA se révèlent parfois inapplicables ou inanimables face à un groupe de personnes, avec leurs sensibilités et leurs résistances. Le formateur doit donc garder la responsabilité de la conception. Il ne croit pas, à ce stade, au remplacement du formateur, et recommande de travailler sa posture et ses soft skills. L'animatrice en tire que la chaîne de validation n'a pas changé : expert métier, pairs, test terrain.
Plus de contenu, mieux formé ?
Vincent Lafeuillade rappelle qu'enseigner n'est pas remplir un vase mais allumer un feu. Le temps gagné peut être réinvesti pour recentrer la conception sur l'apprenant : explorer plus de pistes en scénarisation, repérer ses angles morts, ou donner à l'IA le rôle de l'apprenant pour voir où il décrocherait. Si l'apprenant ne remarque pas l'IA et que la formation est réussie, le contrat est rempli.
Isabelle Druet propose deux pistes pour ce temps gagné : une offre plus pertinente grâce à l'éditorialisation (introductions personnalisées par des sponsors ou des responsables, cas d'entraînement proches de l'activité) et une meilleure communication auprès des apprenants et des managers, relais de l'offre, avec des communautés de pratique, par exemple un canal Teams. Sarah Nafaa est plus tranchée : plus de contenu ne forme pas mieux, et le risque est de s'habituer à une certaine médiocrité. Elle préfère aller plus loin sur certains points, par exemple en construisant un personnage de scénarisation à partir des agendas réels des apprenants : pas plus, mais mieux.
Trois enseignements, selon l'animatrice
- L'IA amplifie plus qu'elle ne crée : elle accélère ce qui est bien pensé, mais aussi les dérives.
- L'expertise reste la garante : savoir quoi demander, quoi valider et quoi écarter, et continuer à se former.
- La vraie question est stratégique : que fait-on du temps gagné ? Plus de feedback, plus de terrain, l'apprenant au centre.
Questions de l'audience
Comment définir les objectifs de formation avec l'IA ?
Sarah Nafaa : d'abord savoir les définir soi-même, en se demandant ce que la personne sait faire à la fin. Ensuite, donner son process à l'IA (règles d'écriture des objectifs, verbes de Bloom) et se reposer la même question.
Passer d'un format présentiel au distanciel avec l'IA, bonne idée ?
Quentin Declercq : non, car le contexte et la dynamique de groupe ne sont pas les mêmes. L'IA peut fournir un premier brouillon, mais l'expérience d'animateur et de concepteur doit être mise à sa disposition, et non l'inverse.
Un conseil pour se former à l'IA pédagogique ?
Isabelle Druet : repérer les tâches répétitives, bien formatées, qui se prêtent à la délégation, et définir ces process pour pouvoir briefer et cadrer l'IA.
Les points clés du replay
Transcription du replay
Questions fréquentes


Quentin Declercq
Expert IA & Formateur
Formateur expert, il propose des formations innovantes pour aider les formateurs à perfectionner leurs compétences pédagogiques.
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Vincent Lafeuillade
Spécialiste formation, pédagogie et IA
Spécialiste formation, pédagogie et intelligence artificielle.
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Sarah Nafaa
Consultante L&D, conceptrice pédagogique
Consultante L&D, conceptrice pédagogique, spécialiste EdTech et LMS.
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Activateur Formation
Organisateur des Learning Days. Activateur Formation est un courtier en formation indépendant : il met en relation les entreprises avec les organismes, formateurs et éditeurs de son réseau, sans frais pour l'entreprise.







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