La séance commence par une consigne inhabituelle : fermer les yeux dix secondes et décrire sa journée idéale au travail. Les réponses affluent dans le chat — peu de réunions, beaucoup d'échanges, respecter son rythme biologique, une bonne ambiance, apprendre avec les autres, atteindre ses objectifs. Evelyn Tinajero, fondatrice de Zenmon Drops, relève ce que personne n'a écrit : le salaire, les outils, le baby-foot. « Vous avez parlé beaucoup d'humain. »
C'est le fil de cette masterclass : les compétences comportementales ne relèvent pas du supplément d'âme, elles conditionnent à la fois la qualité de vie au travail et la performance. L'approche présentée s'appuie sur les neurosciences et sur les thérapies cognitives et comportementales, avec un parti pris de vulgarisation assumé.
Deux chiffres sont cités à l'appui, avec un renvoi vers une page de ressources listant les sources : les équipes managées par des personnes ayant travaillé leur gestion émotionnelle atteignent un taux d'engagement supérieur à 70 %, et un euro investi dans la formation aux soft skills en rapporterait 12,50.
Deux cerveaux, une milliseconde d'écart
Le schéma présenté est volontairement simplifié. D'un côté, la zone où siègent les émotions et les repères de survie, construite depuis l'enfance par accumulation d'expériences devenues inconscientes. De l'autre, le cortex préfrontal, qui offre « la milliseconde de plus avant de réagir » — celle qui manque au moment où l'on envoie le mail qu'on regrettera.
Face à une menace, réelle ou perçue, trois réactions fondamentales : la fuite, la lutte, l'inhibition. L'intervenante invite les participants à s'observer au travail, où ces trois modes se rejouent en version civilisée : l'agressivité, la disparition, le renvoi de la responsabilité sur l'autre. Comprendre ce fonctionnement sert deux fois : à interpréter la réaction d'un collègue comme un mécanisme de protection, et à interroger la sienne.
La bonne nouvelle tient en un mot, répété en conclusion : la neuroplasticité. Le cortex préfrontal se muscle comme n'importe quel muscle, et de nouvelles habitudes peuvent s'acquérir à tout âge.
Cinq compétences humaines difficilement remplaçables
La session retient cinq familles de compétences comportementales, présentées comme non exhaustives mais irremplaçables.
L'intelligence émotionnelle et relationnelle vient en tête, et c'est aussi ce que les participants ont spontanément décrit en imaginant leur journée idéale. Vient ensuite la pensée critique et le jugement — non pas juger les personnes, mais évaluer une information, vérifier une source, prendre le recul qui manque quand tout va vite. Puis la créativité et l'innovation, condition de compétitivité. L'adaptabilité ensuite. Et enfin la communication et le storytelling.
Sur ce dernier point, un chiffre cité en séance : environ 90 % des problématiques rencontrées au travail sont liées à un défaut de communication. L'exemple donné est volontairement trivial — attendre des excuses de quelqu'un à qui l'on n'a jamais dit qu'on était fâché, et s'agacer davantage de ne pas les recevoir. Le storytelling est présenté comme le prolongement naturel de l'émotion : on accorde sa confiance, un dossier ou un projet à celui dont le récit et la posture rassurent.
L'adaptabilité fait l'objet d'un aparté. Quand un projet nouveau arrive, l'inertie n'est pas de la mauvaise volonté : le cerveau a intégré des schémas efficaces et refuse la dépense que représente la création de nouveaux schémas cognitifs. Sortir de sa zone de confort, c'est précisément activer le cortex préfrontal.
La méthode STOP, en trente secondes
Le moment le plus concret de la session est un exercice guidé. Les participants sont invités à penser à une situation stressante, à poser une main sur le ventre et à appliquer la méthode STOP : une pause de trente secondes, une respiration en gonflant le ventre, une observation de ce que l'on ressent physiquement, puis une action choisie — envoyer le mail, temporiser, aller voir la personne, sortir marcher.
Les retours dans le chat sont immédiats : apaisée, plus lucide, prise de recul. L'explication donnée est mécanique autant que psychologique. La respiration ventrale, aussi appelée respiration vagale, sollicite le nerf vague, qui transmet notamment les signaux de stress dans tout le corps. « Ce n'est pas juste de dire : respire, tout va bien. » La méthode est issue des thérapies cognitives et comportementales : un changement minime, qui ne fait pas peur, mais qui modifie l'action.
Passer du plan d'action à l'habitude
La dernière partie est un exercice individuel. Identifier une à trois compétences prioritaires, pas davantage : au-delà, le cerveau est sursollicité et le plan finit à la poubelle. Puis associer à chaque compétence une action concrète, simple, réalisable dès la semaine suivante — de la danse ou du coloriage pour la créativité, de l'écriture pour l'écoute et la prise de recul.
Plusieurs pratiques sont proposées : cultiver la curiosité en testant ce qui fait un peu peur, tenir un carnet — le journaling — pour donner de la clarté au cerveau et repérer avec le temps ses propres schémas de réaction, méditer ou simplement observer, s'exposer à la diversité, et investir dans la formation, le coaching et le feedback entre collègues, à condition de l'encadrer pour qu'il reste constructif.
Le cadrage final passe par le modèle SMART : une compétence spécifique, une progression mesurable semaine après semaine, un objectif atteignable et réaliste, et surtout une échéance. « Ne vous dites pas : un jour, je ferai. C'est demain, c'est dans quinze jours, c'est dans trente jours. » L'intervenante donne son propre exemple : trente minutes de guitare par semaine, inscrites dans l'agenda et non négociables.
Les points clés du replay
- Ce que les salariés attendent d'une bonne journée de travail relève presque entièrement de l'humain.
- Comprendre son propre fonctionnement cérébral, c'est comprendre aussi celui des autres.
- Trente secondes de pause respirée suffisent à passer de la réaction à l'observation.
- La résistance au changement est un mécanisme d'économie, pas un défaut de caractère.
- Une à trois compétences maximum, une action simple, une échéance : sinon le plan ne tient pas.
- Le cerveau reste modifiable : de nouvelles habitudes s'acquièrent à tout âge.
Transcription du replay
Questions fréquentes
Comment faire des soft skills une préoccupation collective, et pas seulement individuelle ?
En les plaçant au coeur de la stratégie de l'entreprise. Une entreprise, ce sont des bureaux et des locaux, mais surtout des humains : le facteur humain est la ressource la plus puissante dont elle dispose.
Et si l'on est seul à porter le sujet dans son organisation ?
Commencer par soi. Plutôt que de s'épuiser à convaincre, développer les compétences qui semblent prioritaires dans son propre quotidien : un collègue sera inspiré, puis un deuxième, puis un niveau entier. Le changement individuel prend du temps, mais c'est le seul sur lequel on ait la main. La séance se clôt sur une citation attribuée à Gandhi : « Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde. »

Evelyn Tinajero
Experte soft skills & neurosciences
C'est la CEO de Zenmon Drops, une entreprise innovante spécialisée dans le développement des compétences comportementales en entreprise.
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Zenmon Drops
Zenmon Drops conçoit des parcours de formation en soft skills fondés sur les neurosciences, en formats courts ou longs, avec des techniques de microlearning. Les thèmes couvrent la gestion du stress, la santé mentale et la prévention des risques psychosociaux, la QVCT, le management et le leadership, et l'intelligence émotionnelle. Les formations existent en version clé en main ou sur mesure, et l'offre inclut un accompagnement individuel.







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