Le règlement européen sur l'intelligence artificielle n'est plus un sujet de veille : c'est une obligation qui a déjà commencé à produire ses effets. C'est le point de départ de cette session animée par Damien Boyer, customer success manager chez Goodhabitz et chef de projet de l'application Goodlearn, qui accompagne depuis une vingtaine d'années les équipes RH, formation et transformation dans le déploiement d'outils digitaux.
Sa thèse tient en une phrase : l'acculturation à l'IA n'est plus un projet « quand on aura le temps ». C'est une obligation légale, et pour les organisations qui s'y mettent tôt, un levier de compétitivité. « Il y a encore un an, dans la plupart de nos organisations, l'intelligence artificielle, c'était surtout un sujet de curiosité », rappelle-t-il. Ce temps est passé.
L'article 4 : former tous les collaborateurs, pas seulement les experts
Le texte européen est présenté en séance comme la première loi au monde encadrant la manière dont l'intelligence artificielle est développée, utilisée et déployée dans les organisations. Son objectif, tel qu'il est résumé par l'intervenant : faire en sorte que les IA mises à disposition des salariés et des citoyens soient sûres, transparentes, éthiques et dignes de confiance, sans empêcher les entreprises européennes d'innover. Les dates citées pendant la session sont mai 2024 pour l'adoption du texte et le 1er août 2024 pour son entrée en vigueur.
Sur la centaine de pages du règlement, l'intervenant en retient un article, l'article 4, qu'il invite chacun à aller lire. Son contenu est simple et, selon lui, très puissant : chaque entreprise doit garantir que ses collaborateurs atteignent un niveau suffisant de culture en matière d'intelligence artificielle. Pas seulement les ingénieurs ni les data scientists : tous les collaborateurs.
Le périmètre est large. Sont concernées les organisations qui utilisent déjà des outils d'IA, celles qui les déploient, et celles qui pensent ne pas être concernées. Le règlement s'applique aux organisations européennes, mais aussi, potentiellement, à des sociétés extra-européennes qui souhaitent travailler avec des entreprises européennes. « Tout le monde est concerné », résume l'intervenant, qui ajoute que sur toutes les organisations rencontrées sur ce sujet, aucune ne lui a dit que l'IA n'était pas utilisée en interne.
Le calendrier : le compte à rebours est déjà lancé
La chronologie exposée en séance distingue trois moments. Depuis février 2025, les autorités nationales publient les premières lignes directrices de conformité, et les premières formations à la culture IA doivent être lancées pour tous les collaborateurs en contact direct ou indirect avec une intelligence artificielle. C'est donc, selon l'intervenant, un chantier qui aurait déjà dû commencer.
La date à retenir est ensuite le 2 août 2026 : c'est à partir de là que des contrôles pourront intervenir et qu'il faudra être en mesure de rendre des comptes. Le parallèle fait en séance est celui du RGPD : la loi est adoptée, un délai est laissé aux entreprises pour mettre en place les process et les méthodes, puis des régulateurs peuvent venir demander des preuves.
Une nuance importante est apportée pendant la session : la désignation des autorités compétentes chargées de ces contrôles était attendue pour l'été 2025, mais l'intervenant indique qu'à sa connaissance, au moment de la session, ces autorités n'ont pas encore été identifiées. Il précise également que le règlement n'est pas un texte figé et qu'il imposera une adaptation continue.
Les risques évoqués : financiers, commerciaux, réputationnels
Trois familles de risques sont citées en cas de non-conformité. D'abord des pénalités financières, sur le modèle du RGPD — l'intervenant mentionne des montants sans les stabiliser précisément pendant la session, ce qui invite à se reporter au texte lui-même plutôt qu'aux ordres de grandeur évoqués à l'oral.
Ensuite un risque commercial, souvent sous-estimé : des clients peuvent refuser de travailler avec une organisation non conforme, ou l'écarter d'un appel d'offres. Enfin un risque juridique et réputationnel, avec la responsabilité de l'employeur engagée en cas de mauvais usage de l'IA en interne, et la perte de confiance des parties prenantes qui peut suivre.
Anticiper : micro-learning, preuves et reporting
La réponse proposée repose sur quelques principes. Le premier est de rendre la formation engageante et accessible. Goodhabitz a fait le choix d'une application mobile, au motif que l'apprentissage en petites capsules fonctionne mieux et que les collaborateurs passent déjà plusieurs heures par jour sur leur téléphone.
Le second est la traçabilité. Tableaux de bord, certificats téléchargeables, suivi par utilisateur et par formation, export des données : l'idée est de pouvoir démontrer à tout moment ce qui a été fait. L'intervenant insiste sur un point : le tableau de bord est disponible dès le premier jour, même vide, ce qui permet déjà de montrer que les outils de mise en conformité ont été mis en place.
L'application présentée, Goodlearn, structure ses contenus en deux familles : la culture IA, qui concerne l'ensemble des employés, et la transformation IA, destinée aux populations qui développent ou déploient des solutions. Au moment de la session, douze modules sont disponibles — cinq sur la culture IA, sept sur la transformation — avec un rythme annoncé de deux nouveaux modules par mois et environ 1 200 minutes de contenu au démarrage. L'application est disponible en neuf langues. Deux indicateurs sont mis en avant côté administrateur : un index de maturité et un index de conformité, complétés par un radar individuel par catégorie.
Le reste relève des obligations de l'employeur telles qu'elles sont listées en séance : former tous les collaborateurs concernés en tenant compte de leur niveau d'usage, mettre en place une gouvernance de l'IA — politiques, chartes, guides de bonnes pratiques — et maintenir le dispositif à jour à mesure que la réglementation évolue.
Les points clés du replay
- L'obligation de culture IA porte sur tous les collaborateurs, pas sur les seuls experts.
- Le chantier n'est pas à venir : il est ouvert depuis février 2025.
- La date de contrôle citée en séance est le 2 août 2026.
- Le risque n'est pas seulement l'amende : c'est aussi un contrat perdu ou une réputation abîmée.
- Sans preuves — certificats, tableaux de bord, traçabilité — la conformité ne se démontre pas.
- Le règlement évoluant, le dispositif de formation doit évoluer avec lui.
Transcription du replay
Questions fréquentes
Peut-on en savoir plus sur le fond, le contenu des micro-learnings ?
Douze modules sont disponibles au moment de la session, répartis entre culture IA et transformation IA, avec deux nouveaux modules ajoutés chaque mois. Le format associe leçons courtes, activités interactives, quiz et boosters, avec une IA intégrée aux leçons pour approfondir une réponse.
Quel organisme audite les entreprises ?
Les autorités compétentes devaient être désignées à l'été 2025 dans les pays de l'Union. À la connaissance de l'intervenant, au moment de la session, elles ne l'avaient pas encore été. Il s'est engagé à transmettre l'information dès qu'elle serait disponible.
Le dispositif est-il accessible uniquement via l'application ?
Oui pour les apprenants au moment de la session : l'application fonctionne sur Android et iPhone. Une version accessible depuis un navigateur, sur ordinateur professionnel, est annoncée comme en cours de développement.

Damien Boyer
Expert Digital Learning
Passionné par l’innovation, il met les nouvelles technologies au service des organisations pour accélérer leurs projets, développer les compétences, notamment grâce à Goodhabitz, dont la mission est simple : faire de la formation une expérience si captivante que les collaborateurs auront envie d'évoluer
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